Sunday, November 05, 2006

De l'amour et l'absurde (pas terminé)

Pourquoi ce besoin d’amour? Pourquoi sommes-nous, suis-je, perpétuellement désireux d’être aimé, et de pouvoir aimer? L’amour et l’intimité sont-ils la même chose? L’intimité suffirait-elle à l’esprit humain, serait-il content d’une intimité tranquille sans affection? En d’autre mots, s’agit-il d’un simple besoin de connection, ou bien est-il de l’essence de la chose que de vouloir être voulu? À supposer évidemment que d’aimer signifie ‘vouloir’... Or, qu’est-ce que vouloir, et que signifie d’être voulu?

Quand je désire une chose, c’est parce que sa possession me procure un sentiment de plaisir. Et le plaisir ayant multiples formes, ainsi en est-il de ses causes. Je puis désirer des objets distincts pour des raisons distinctes, tout comme des objets distincts peuvent m’être désirables pour la même raison. À l’inverse, un objet peut à lui seul receler diverses sources de plaisir. Ainsi, mon ordinateur me plaît parce qu’il est beau, parce qu’il me procure un sentiment de supériorité par rapport à mes prochains moins bien équipés, parce qu’il me permet de faire plusieurs choses qui elles aussi me procurent du plaisir.
Quand je suis en manque de mon ordinateur je le désir parce que ces divers plaisirs ne me sont pas disponibles. Pourrait-on alors dire que le désir est l’absence d’un plaisir déjà connu, ou du moins deviné?

Cela signifierait que le désir d’un autre être humain, sur le plan affectif, serait un état de manque, réel ou perçu, vis à vis un plaisir que cet être pourrait ou que l’on croit qu’il puisse nous procurer. D’ailleurs, il faudrait ouvrir une parenthèse sur la question de savoir s’il est possible de vouloir aimer un autre ou d’être aimer si cela nous est inconnu; peut-être que les autres formes d’amour nous permettent de deviner l’existence de l’amour romantique? Mais bon... Poursuivons.

Suivant cette logique, de vouloir être aimé c’est vouloir que notre presence, notre existence même, procure un plaisir à autrui semblable à celui qu’on éprouve nous-même lorsque l’on aime.

Constat lourd de conséquences... Car le désir d’une chose créé un sens, une signification qui n’existait pas. Litérallement, le désir d’une chose dirige notre action vers l’obtention de cette chose. C’est à dire qu’il engendre en nous une finalité, un but, un objectif, une valeur que l’on appose à cet objet. Ce serait peut-être ambitionner de dire que toute signification relève du désir, pour ne pas dire réducteur. Mais il y a un rapport clair entre le désir et le sens. Certes, il nous arrive souvent, tant eronnément soit-il, de confondre notre désir d’un objet avec sa raison d’être. Selon la perspective que nous impose le désir, la finalité de l’objet consiste à nous procurer du plaisir.

Tout cela signifie que d’être désiré par un autre donne un sense à notre vie. Ce sens nous paraît d’autant plus objectif qu’il ne soit pas le fruit de notre propre imagination. Car étant conscient de l’éphémérité de celui-ci, il peut facilement nous paraître en quelque sorte irréel, ou même absurde. Puisque l’amour d’un autre nous est signifié à travers nos sens, il a pour nous une réalité viscérale du même ordre que la beauté. L’amour offre donc une finalité à notre existence, aussi inconsciemment percue qu’elle ne soit pour la majorité d’entre nous. D’où la terreur découlant de la conviction qu’on ne nous aimera jamais en raison d’un défaut quelconque. D’où la dévastation s’ensuivant de la perte d’un être bien-aimé... surtout si l’affeciton nous liant à cette personne constituait le socle de notre existence.

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