Encore de la nation québécoise
Voici une lettre que j'ai envoyé à Lysiane Gagnon en réponse à sa chronique d'aujourd'hui dans le Globe and Mail. Sa thèse était plus ou moins la suivante : il n'y a pas de nation québécoise, seulement une nation canadienne-française, à laquelle apartiennent les franco-québécois. La nation est un phénomène ethno-culturel, auquel peuvent bien sûr se greffer des individus qui lui sont au départ étrangés, mais ce n'est pas en soi un phénomène politique. Les provinces canadiennes sont des phénomènes politiques multiculturels, donc ils ne peuvent à proprement parler constituer des nations.
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Bonjour Mme Gagnon,
Je tenais tout simplement à vous dire que j'ai bien aimé votre chronique d'aujourd'hui. Il y a longtemps que j'attends pour qu'un membre de l'intelligentsia québécoise dise ce que vous dites, surtout dans le contexte du débat soulevé par la motion de M. Ignatieff. Le 'double-think' du discours politique québécois m'est épuisant.
Votre article me plut en premier lieu parce que je suis un Canadien français de l'Ontario. Je dis bien Canadien français parce que j'abhore le terme 'franco-ontarien'. Je ne vois pas en quoi mon identité serait modifié par le fait que j'ai grandi à Ottawa plutôt qu'à Montréal. Cet été j'ai travaillé à Montréal, et si je n'avais rien dit, personne n'aurait sû que je n'était pas 'québécois'. Et ce, malgré le fait que ma famille habite l'Ontario depuis plus de 140 ans! D'ailleurs, j'ai étudié le droit civil pour que je puisse pratiquer à Montréal, car je me sens autant 'chez moi' au Québec qu'en Ontario, sinon plus. À mon sens, de m'appeller un 'franco-ontarien', terme qui ne devint courant qu'en réaction au nationalisme québécois, c'est de laisser les séparatistes définir pour moi mon identité.
Vous avez raison quand vous dites que "In the process, French Canadians lost their identity." Trop de gens se laissent confondre par la multiplicité de termes qui existent aujourd'hui pour décrire les Canadiens français. Inévitable d'un côté, car en l'absence d'une forte connexion avec le Québec les communautés francophones des provinces anglophones, étant minoritaires, ont dû développer une identité quelconque pour leur permettre de résister aux pressions assimilatrices. Mais cela a pour effet d'exacerber inutilement les différences entre francophones. Inutile, et même destructif, car en l'absence d'un lien vital avec la communauté francophone du Québec le fait français hors-Québec est voué à la stagnation, sinon le déclin. Toutes nos énergies sont concentrées sur la résistance à l'assimilation, ce qui laisse peu de place au dynamisme et l'élan expérimental qui font avancer une langue et une culture. Seuls des échanges fréquents avec une société majoritairement francophone peuvent alimenter une telle dynamique.
De l'autre côté de la médaille, les Canadiens français du Québec se voient découpés d'une bonne part de leur héritage: un vaste pays exploré par eux, habité par eux et bâtit par eux. Je ne crois pas que les francophones du Québec soient content qu'il en soit ainsi. Au contraire, je crois qu'ils sont arrivé là par inadvertance. Il me serait impossible de vous énumérer toutes les occasions où j'ai appris à un franco-québécois, au grand plaisir de mon interlocuteur, qu'il y avait des centaines de milliers de 'Québécois' en Ontario qui parlaient français sans accent. J'en ignore les raisons, mais les franco-québécois ne savent tout simplement pas qu'il existe du français au-delà les frontières de leur province, ou s'ils le savent, ils croient qu'il est croulant, en voie de disparition. Évidemment, un tel 'constat' alimente la peur qu'éprouvent les franco-québécois qu'ils seront à leur tour assimilés par cette vaste mer anglophone, et les fait tendre, sous de faux prétextes, vers l'idéologie séparatiste.
Désolé de vous avoir écrit une aussi longue lettre, mais c'est un sujet qui m'est très cher. J'espère un jour de pouvoir disposer d'une tribune publique pour ajouter ma voix à la vôtre. Il me serait difficile de vous communiquer à quel point de je suis frustré par le manque de clarté, par l'obnubilation systématique dont fait preuve le discours nationaliste québécois. Alors que Gilles Duceppe était de passage à l'Université d'Ottawa (où je complète mes études en droit) la semaine passé pour livrer un discours, j'ai tenté de le débattre sur quelques uns de ses propos. Évidemment, il ne cherchait pas la vérité mais à construire une narration de victimization; je ne suis quand même pas si naïf que ça. Mais malgré mon talent pour le débat, qui est considérable--en 2005 j'ai gagné le championnat mondial du débat universitaire--dans les quelques minutes qui me furent allouées je n'ai pu contrer l'inertie intellectuelle engendrée par son discours. Je ne dis pas ça pour me vanter, mais tout simplement pour souligner à quel point la logique me semble être complètement absente de ce débat, ce qui me cause une grande consternation.
Bon, finit le roman. Encore une fois, je vous félicite pour un excellent article. D'ailleurs, je tiens à rajouter que j'aime toujours prendre connaissance de votre point de vue, car vous l'exprimez logiquement en vous appuyant sur des faits, et vous écrivez très bien. Continuez votre combat pour la clarté et la vérité, le Canada a besoin de plus de chroniqueuses comme vous!
Bien à vous,
E
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Bonjour Mme Gagnon,
Je tenais tout simplement à vous dire que j'ai bien aimé votre chronique d'aujourd'hui. Il y a longtemps que j'attends pour qu'un membre de l'intelligentsia québécoise dise ce que vous dites, surtout dans le contexte du débat soulevé par la motion de M. Ignatieff. Le 'double-think' du discours politique québécois m'est épuisant.
Votre article me plut en premier lieu parce que je suis un Canadien français de l'Ontario. Je dis bien Canadien français parce que j'abhore le terme 'franco-ontarien'. Je ne vois pas en quoi mon identité serait modifié par le fait que j'ai grandi à Ottawa plutôt qu'à Montréal. Cet été j'ai travaillé à Montréal, et si je n'avais rien dit, personne n'aurait sû que je n'était pas 'québécois'. Et ce, malgré le fait que ma famille habite l'Ontario depuis plus de 140 ans! D'ailleurs, j'ai étudié le droit civil pour que je puisse pratiquer à Montréal, car je me sens autant 'chez moi' au Québec qu'en Ontario, sinon plus. À mon sens, de m'appeller un 'franco-ontarien', terme qui ne devint courant qu'en réaction au nationalisme québécois, c'est de laisser les séparatistes définir pour moi mon identité.
Vous avez raison quand vous dites que "In the process, French Canadians lost their identity." Trop de gens se laissent confondre par la multiplicité de termes qui existent aujourd'hui pour décrire les Canadiens français. Inévitable d'un côté, car en l'absence d'une forte connexion avec le Québec les communautés francophones des provinces anglophones, étant minoritaires, ont dû développer une identité quelconque pour leur permettre de résister aux pressions assimilatrices. Mais cela a pour effet d'exacerber inutilement les différences entre francophones. Inutile, et même destructif, car en l'absence d'un lien vital avec la communauté francophone du Québec le fait français hors-Québec est voué à la stagnation, sinon le déclin. Toutes nos énergies sont concentrées sur la résistance à l'assimilation, ce qui laisse peu de place au dynamisme et l'élan expérimental qui font avancer une langue et une culture. Seuls des échanges fréquents avec une société majoritairement francophone peuvent alimenter une telle dynamique.
De l'autre côté de la médaille, les Canadiens français du Québec se voient découpés d'une bonne part de leur héritage: un vaste pays exploré par eux, habité par eux et bâtit par eux. Je ne crois pas que les francophones du Québec soient content qu'il en soit ainsi. Au contraire, je crois qu'ils sont arrivé là par inadvertance. Il me serait impossible de vous énumérer toutes les occasions où j'ai appris à un franco-québécois, au grand plaisir de mon interlocuteur, qu'il y avait des centaines de milliers de 'Québécois' en Ontario qui parlaient français sans accent. J'en ignore les raisons, mais les franco-québécois ne savent tout simplement pas qu'il existe du français au-delà les frontières de leur province, ou s'ils le savent, ils croient qu'il est croulant, en voie de disparition. Évidemment, un tel 'constat' alimente la peur qu'éprouvent les franco-québécois qu'ils seront à leur tour assimilés par cette vaste mer anglophone, et les fait tendre, sous de faux prétextes, vers l'idéologie séparatiste.
Désolé de vous avoir écrit une aussi longue lettre, mais c'est un sujet qui m'est très cher. J'espère un jour de pouvoir disposer d'une tribune publique pour ajouter ma voix à la vôtre. Il me serait difficile de vous communiquer à quel point de je suis frustré par le manque de clarté, par l'obnubilation systématique dont fait preuve le discours nationaliste québécois. Alors que Gilles Duceppe était de passage à l'Université d'Ottawa (où je complète mes études en droit) la semaine passé pour livrer un discours, j'ai tenté de le débattre sur quelques uns de ses propos. Évidemment, il ne cherchait pas la vérité mais à construire une narration de victimization; je ne suis quand même pas si naïf que ça. Mais malgré mon talent pour le débat, qui est considérable--en 2005 j'ai gagné le championnat mondial du débat universitaire--dans les quelques minutes qui me furent allouées je n'ai pu contrer l'inertie intellectuelle engendrée par son discours. Je ne dis pas ça pour me vanter, mais tout simplement pour souligner à quel point la logique me semble être complètement absente de ce débat, ce qui me cause une grande consternation.
Bon, finit le roman. Encore une fois, je vous félicite pour un excellent article. D'ailleurs, je tiens à rajouter que j'aime toujours prendre connaissance de votre point de vue, car vous l'exprimez logiquement en vous appuyant sur des faits, et vous écrivez très bien. Continuez votre combat pour la clarté et la vérité, le Canada a besoin de plus de chroniqueuses comme vous!
Bien à vous,
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